La vie continue, malgré tout

J’ai connu V. au collège au début des années 1990, on avait 13 ans, on était en 3e. Je venais d’arriver dans ce petit village de l’Eure-et-Loir, aux portes de la région parisienne.

On a partagé la même classe pendant 2 ans, jusqu’à ce que je suive mes parents en Normandie, mais on ne peut pas dire qu’on était des amies, on était des camarades de classe, notre relation s’est toujours cantonnée à cela, on n’a d’ailleurs pas gardé le contact quand j’ai quitté la région (de toute façon en prenant la décision en plein été, j’avais pas eu vraiment l’occasion de prévenir ni de dire au revoir à qui que ce soit).

Les années ont passé, et puis en 2006, je l’ai retrouvée sur Copains d’avant. Surprise ! Elle habitait à Montréal, comme moi, alors on s’est revues le temps d’une soirée, autour d’un verre… on a reparlé du collège, de ce qu’on avait fait depuis, et puis… c’est tout. De nouveau, finalement on ne s’est plus données de nouvelles. Il faut dire que les années avaient passé et puis moi en tout cas j’étais dans le tourbillon de ma toute nouvelle vie (trépidante !) d’immigrante !

Dans les années qui ont suivi, on s’est revues deux fois… en 2009 chez moi, elle était passée m’acheter des chaises, et en 2012 dans le bus, sur Saint-Joseph…

Des fois je repense à ça et je me demande comment mon « mommy brain » fait pour se rappeler de moments en apparence on-ne-peut-plus insignifiants de notre vie quotidienne qu’une rencontre de 3 minutes dans un autobus !

Puis je suis partie deux ans à l’étranger au cours desquelles nous ne nous sommes toujours pas données plus de nouvelles, hormis quelques « likes » et commentaires sur un célèbre réseau social.

En 2015 quelques mois après mon retour, on s’est revues, encore, chez elle cette fois, j’étais allée lui acheter un casque de vélo. On avait pas mal discuté de choses et d’autres, de ces dernières années au cours desquelles la vie n’avait pas été très tendre avec elle.

Et puis encore une fois… on ne s’est pas revues ans la foulée malgré une chouette discussion 😉

Au début de l’année, j’ai reçu une demande pour aimer une page Facebook, j’ai cliqué nonchalamment, n’y prêtant, je l’avoue, pas vraiment attention. J’avais sûrement dû être absorbée par un des milliers de trucs qui accaparent notre attention à la minute sur Internet, et je suis passée à autre chose… sans lire !

Quelques jours plus tard je recevais une notification… je la lis, je m’aperçois que c’est V. ! Elle y raconte ses déboires amoureux (dont j’étais au courant), je descends sur la page… je vois parler de maladie. Je descends encore… « opération », « sein », « cancer ». Du coup je rattrape mon retard et je lis absolument tout, je suis sous le choc…

Ça semble familier comme maladie finalement, le cancer, quand on y pense… on entend ou on lit le mot « cancérigène » plusieurs fois par jour, on connaît tous plusieurs personnes qui en ont souffert (voire pire…), ça n’empêche que quand ça touche quelqu’un de notre génération, le choc est différent… on est plus dans le cas (familier donc) de la personne de plus de 50-60 ans, on est confrontés à la maladie d’une personne… qui pourrait être nous ! Et on a beau savoir que ça peut arriver à n’importe quel âge, se le faire renvoyer en pleine face, c’est une toute autre histoire.

Le choc passé, la seule chose qui m’est venue à l’esprit, c’est « il FAUT que je l’aide, je ne la laisserai pas comme ça ! ». Je ne saurais expliquer pourquoi… peut-être que je me sentais mal de pas avoir cherché à la connaître davantage quand on était ado. Et puis je me dis que rien n’arrive par hasard et que si on avait été des amies autrefois, les choses auraient peut-être été bien différentes aujourd’hui.

Ça ne m’a pas pris de temps pour la contacter, lui faire part de mon choc quant à cette nouvelle, et de lui offrir mon aide. J’ai écrit quelque chose comme « Je peux t’aider avec le ménage ou en cuisine » ! Mon esprit devait être bien embrouillé pour parler de ménage, moi l’anti-fée du logis ! Finalement j’ai repris mes esprits et j’ai remis l’accent rapidement sur la cuisine 😀 1. J’aime ça, 2. Je me débrouille pas trop mal (en toute modestie tout de même hein, on est loin du 3*) et 3. Je fais la bouffe pour 4 personnes au quotidien alors un peu plus un peu moins hein !

Depuis je m’affaire donc en cuisine pour V. et ses deux enfants, et j’ai embarqué une gang de copines dans l’aventures, qui cuisinent et font l’épicerie pour l’aider, sans l’avoir jamais rencontrée !

On dit souvent qu’Internet et les réseaux sociaux éloignent les gens les uns des autres, distendent les relations humaines, etc. Cette histoire (parmi tant d’autres) est la preuve qu’ils rapprochent, voire favorisent l’entraide à un niveau assez puissant !)

Merci à mes copines de m’avoir suivie dans l’aventures, merci à tous les gens qui entourent V. d’une manière ou d’une autre… et surtout ma chère, lâche pas ! On est là !!

<3

Vanessa


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